Mise en Copropriété-Partage : La Sortie Élégante de l'Indivision Familiale

L'indivision successorale concerne en France près d'un patrimoine immobilier familial sur trois transmis par voie de succession (selon les statistiques du Conseil supérieur du notariat). Quand l'héritage prend la forme d'un immeuble entier - haussmannien parisien, immeuble de rapport en région, hôtel particulier - le statut indivis devient rapidement un piège. Trois enfants héritiers, des points de vue divergents sur la gestion locative, sur les travaux, sur l'opportunité de vendre : la machine se grippe. La mise en copropriété partage offre une issue technique méconnue qui permet de sortir d'une indivision sans céder le bien à un tiers.
Cette méthode combine deux opérations notariales : la division juridique de l'immeuble en lots de copropriété, puis l'attribution de ces lots aux indivisaires dans le cadre d'un partage. Elle préserve le patrimoine familial, évite la fiscalité d'une mutation à titre onéreux, et redonne à chaque héritier la pleine maîtrise d'une fraction tangible du bien. La mise en copropriété partage reste pourtant peu pratiquée car elle exige une coordination fine entre géomètre-expert, notaire et conseil patrimonial.
Le problème : indivision figée, héritiers en désaccord
L'indivision repose sur un principe simple en théorie, ingérable en pratique : chaque indivisaire détient une quote-part abstraite (un tiers, un quart, deux cinquièmes) sur l'ensemble du bien. Aucun ne dispose d'un appartement précis. Aucun ne peut décider seul. Les actes d'administration exigent la majorité des deux tiers depuis la loi du 12 mai 2009 (art. 815-3 CC), mais les actes graves - vendre, hypothéquer, démolir - réclament l'unanimité.
Dans la durée, les frictions s'accumulent. Un héritier occupe un appartement de l'immeuble sans verser de loyer : les autres peuvent réclamer une indemnité d'occupation, souvent source de contentieux. Un autre refuse les travaux de ravalement obligatoires. Un troisième veut vendre pour financer un projet personnel. Sans accord, le bien se dégrade, la valeur stagne, les revenus locatifs s'érodent.
À cela s'ajoute la fiscalité immobilière qui frappe l'indivision avec rigueur. Le seuil d'assujettissement à l'IFI reste fixé à 1 300 000 € de patrimoine net taxable au 1er janvier 2026, avec une taxation rétroactive démarrant à 800 000 € dès franchissement du seuil. Pour un immeuble parisien valorisé 6 M€ partagé entre trois enfants, chacun déclare 2 M€ et acquitte de l'ordre de 7 400 € d'IFI annuel. La détention indivise n'offre aucune décote particulière : la valeur retenue est la quote-part de la valeur vénale libre.
L'objectif du partage immeuble familial devient alors double : restaurer l'autonomie de chaque héritier et stabiliser la fiscalité patrimoniale. C'est précisément ce que rend possible la mise en copropriété partage.
Quelles sont les trois sorties classiques de l'indivision et leurs limites ?
Avant d'aborder le mécanisme de la mise en copropriété partage, il faut comprendre pourquoi les solutions habituelles déçoivent souvent. Trois options s'offrent classiquement aux indivisaires : la vente du bien à un tiers, le rachat des quotes-parts par l'un d'eux, ou la licitation judiciaire. Chacune comporte des inconvénients sérieux quand l'objectif est de conserver le patrimoine dans la famille.
La vente à un tiers
Solution la plus rapide en apparence, elle suppose l'unanimité, ou la mise en œuvre de la procédure de l'article 815-5-1 CC (loi du 12 mai 2009) par les indivisaires titulaires d'au moins 2/3 des droits, via autorisation judiciaire. Le produit de vente est partagé entre indivisaires au prorata des droits. Inconvénient majeur : la sortie de la famille du patrimoine, souvent accompagnée d'une plus-value immobilière taxable à 19 % au titre de l'IR plus 17,2 % de prélèvements sociaux, atténuée par les abattements pour durée de détention prévus à l'article 150 VC CGI.
L'exonération totale d'IR intervient au bout de 22 ans, celle des prélèvements sociaux au bout de 30 ans. Pour un immeuble familial reçu par succession récente, la facture fiscale ampute lourdement le produit net.
Le rachat de quotes-parts
Un indivisaire rachète les parts des autres. Solution élégante mais qui suppose une trésorerie disponible considérable et un accord sur la valeur. Le rachat entre cohéritiers constitue une licitation soumise au droit de partage de 2,5 % sur la fraction acquise. Pour un immeuble à 6 M€, racheter les deux tiers représente 4 M€ en numéraire plus de l'ordre de 100 000 € de droit de partage. Hors de portée pour la plupart des héritiers, sauf montage de crédit lourd.
La licitation
Quand l'accord échoue, l'article 815 du Code civil ('nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision') combiné aux articles 840 CC et 1377 CPC permet à tout indivisaire de saisir le tribunal pour provoquer la licitation. Procédure longue (18 à 36 mois), coûteuse en honoraires d'avocat, et destructrice de valeur : les biens partent généralement 20 à 30 % en-dessous du marché libre. Solution de dernier recours, jamais de choix.
C'est dans cet espace laissé vacant que s'inscrit la mise en copropriété partage : ni vente, ni rachat, ni contentieux, mais une opération de transformation juridique du bien lui-même.
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La mise en copropriété-partage : principe et étapes
La mise en copropriété partage propose une voie hybride et conservatrice du patrimoine. L'idée fondamentale : transformer un bien unique en plusieurs biens distincts juridiquement, puis attribuer chaque bien à un indivisaire. L'immeuble cesse d'être une masse indivise pour devenir une copropriété ordinaire dont chaque héritier détient des lots déterminés.
Cette opération de division immeuble lots s'effectue en cinq étapes principales :
L'avantage juridique majeur réside dans un point clé : le partage successoral, même lorsqu'il porte sur des lots de copropriété nouvellement créés, bénéficie de l'effet déclaratif prévu par l'article 883 du Code civil. Fiscalement, chaque attributaire est réputé avoir hérité directement de son lot au jour du décès, sans qu'une mutation intermédiaire ait eu lieu.
La mise en copropriété partage agit donc comme une rétro-projection juridique : elle inscrit dans le réel un découpage que la succession initiale n'avait pas pu opérer faute d'EDD préexistant.
Qu'est-ce que l'état descriptif de division et le règlement de copropriété ?
L'EDD et le règlement de copropriété sont les deux actes notariés fondateurs de toute copropriété. L'état descriptif de division identifie chaque lot par un numéro, indique sa nature, son étage, sa superficie et lui affecte des millièmes de copropriété. Le règlement de copropriété fixe les droits et obligations des copropriétaires, l'usage des parties communes et privatives, et la répartition des charges.
Ces deux documents sont indissociables et publiés au service de la publicité foncière. Ils transforment juridiquement l'immeuble. Avant : un bien unique, indivis. Après : un ensemble de lots autonomes, négociables séparément, transmissibles individuellement. Sans EDD ni règlement, aucune mise en copropriété partage n'est possible.
Le rôle clé du géomètre-expert
Le géomètre-expert intervient en amont pour mesurer précisément chaque local, dresser les plans de chaque niveau, déterminer la consistance physique des lots. Son rapport sert de fondement à l'EDD. La rigueur de ses relevés conditionne la sécurité juridique de l'opération : une erreur de surface Carrez expose à un contentieux ultérieur en cas de revente d'un lot.
Pour un immeuble haussmannien parisien de 1 500 m² utiles, le géomètre-expert facture entre 8 000 € et 15 000 € selon la complexité du bâti. Les délais d'intervention varient de quatre à huit semaines.
Les pièges du règlement de copropriété
Plusieurs points méritent une vigilance particulière dans la rédaction du règlement :
- Affectation des lots (habitation, professionnel, commercial) : verrouille les usages futurs et impacte la valeur.
- Travaux à venir : présence éventuelle d'un ravalement, d'une réfection toiture, d'une mise aux normes ascenseur à anticiper dans la répartition des coûts.
- Parties communes spéciales : caves, courette, terrasse - définir qui en jouit et qui supporte la charge.
- Clauses anti-meublé touristique : à intégrer si la famille souhaite préserver la vocation résidentielle.
- Modalités de désignation du syndic initial et règles de quorum en assemblée générale.
La qualité du règlement de copropriété rédigé dans le cadre d'une mise en copropriété partage conditionne la sérénité des relations entre cohéritiers attributaires pendant les vingt ou trente années suivantes.
L'attribution des lots : effet déclaratif et neutralité fiscale
C'est le mécanisme clé de l'opération. Une fois la copropriété créée, le partage attribue les lots aux ex-indivisaires. L'article 883 du Code civil consacre l'effet déclaratif du partage : chaque copartageant est censé avoir succédé seul et immédiatement à tous les effets compris dans son lot, et n'avoir jamais eu la propriété des autres effets de la succession.
Concrètement, fiscalement, le partage ne constitue ni une vente ni une mutation à titre onéreux. Trois conséquences majeures en découlent :
1. Pas de plus-value immobilière. Si le partage porte sur des biens issus d'une succession ou d'une donation-partage entre les copartageants originaires (ou leurs descendants), aucune plus-value n'est constatée fiscalement. Le coût d'acquisition retenu pour une revente future reste la valeur déclarée à la succession.
2. Pas de droits de mutation à titre onéreux. L'opération échappe aux 5,80 % d'enregistrement. Seul un droit de partage de 2,5 % s'applique sur l'actif net partagé après déduction du passif (art. 746 CGI). Ce taux a été abaissé à 1,1 % pour les partages issus de divorce et de PACS, mais reste à 2,5 % pour le partage successoral.
3. Conservation des dates d'acquisition. Pour le calcul ultérieur des plus-values, la date retenue est celle du décès initial, non celle du partage. L'antériorité fiscale est intégralement préservée - point crucial pour des immeubles familiaux détenus depuis plusieurs générations.
Cette neutralité fiscale fait de l'attribution lots indivisaires par mise en copropriété partage un outil d'une efficacité rare dans le paysage des sorties d'indivision. Aucune autre solution n'offre une telle combinaison entre maintien dans la famille, autonomie patrimoniale individuelle et préservation de la chaîne fiscale.
Comment calculer et équilibrer les soultes ?
La soulte est la somme versée par un attributaire à ses copartageants pour compenser un déséquilibre entre la valeur des lots reçus et ses droits théoriques dans l'indivision. Elle se calcule selon une équation simple : valeur du lot reçu moins valeur de la quote-part théorique égale soulte due. Une expertise immobilière contradictoire fixe la valeur de chaque lot, généralement par un expert indépendant accepté par tous les indivisaires.
Prenons un exemple. Trois héritiers détiennent à parts égales un immeuble valorisé 6 000 000 €. Chacun a vocation à recevoir 2 000 000 € en valeur. Si la division immeuble lots crée trois ensembles de lots valorisés respectivement 2 200 000 €, 2 000 000 € et 1 800 000 €, l'attributaire du premier ensemble doit une soulte de 200 000 € à l'attributaire du troisième.
Modes de paiement de la soulte
La soulte peut se régler de plusieurs façons :
| Mode de règlement | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Comptant à l'acte | Simplicité, partage clos | Trésorerie nécessaire |
| Échelonné avec intérêts | Souplesse pour le débiteur | Garantie à organiser (hypothèque, caution) |
| Compensation avec autres biens | Préserve la trésorerie | Requiert masse partageable diversifiée |
| Crédit bancaire dédié | Permet le maintien dans la famille | Coût du crédit, garanties exigées |
L'expertise immobilière comme socle
L'expertise immobilière préalable est non négociable. Elle doit ventiler la valeur entre lots avec une méthodologie traçable : comparaison avec ventes récentes du secteur, capitalisation des loyers pour les lots loués, décote pour étage, exposition, état. Un cabinet spécialisé facture une expertise immobilière complète d'immeuble divisé en lots entre 4 000 € et 9 000 €.
Le différentiel entre la valeur d'usage (occupé) et la valeur libre influence aussi le calcul. Un lot occupé par un locataire en place subit une décote de 10 à 25 % par rapport à la valeur libre - paramètre essentiel pour équilibrer un partage où certains lots sont vacants et d'autres loués. Le notaire chargé de l'opération intègre ces écarts dans l'évaluation finale.
Coûts complets et calendrier réaliste
Cette restructuration juridique mobilise plusieurs prestataires sur six à douze mois. Voici une projection moyenne pour un immeuble parisien à 6 M€ partagé entre trois indivisaires.
Postes de coût détaillés
- Géomètre-expert : 8 000 à 15 000 € selon la surface et la complexité
- Notaire (EDD + règlement copropriété) : 6 000 à 12 000 € HT en honoraires libres
- Notaire (acte de partage) : émoluments proportionnels environ 1 % de l'actif net partagé
- Droit de partage : 2,5 % sur l'actif net partagé (article 746 CGI)
- Publicité foncière : 0,10 % de la valeur des immeubles partagés
- Expertise immobilière : 4 000 à 9 000 €
- Syndic provisoire (1ère année) : 1 200 à 2 500 €
- Diagnostics techniques par lot (DPE, amiante, plomb, électricité) : 600 à 1 200 € par lot
Calendrier type
| Phase | Durée | Acteurs |
|---|---|---|
| Audit & faisabilité | 4-6 semaines | Conseil patrimonial + notaire |
| Levé géomètre & plans | 6-8 semaines | Géomètre-expert |
| Expertise des lots | 4 semaines | Expert immobilier |
| Rédaction EDD + règlement | 6-10 semaines | Notaire |
| Diagnostics | 3-4 semaines | Bureau de contrôle |
| Acte de partage | 4-6 semaines | Notaire |
| Publication foncière | 2-4 semaines | Service publicité foncière |
| Total réaliste | 6 à 12 mois |
Les délais s'allongent en cas de désaccord persistant sur la valeur des lots, de présence de baux commerciaux à analyser, ou d'autorisations administratives requises (par exemple changement d'usage pour transformer un local commercial en habitation). La mise en copropriété partage d'un immeuble loué à 80 % prend mécaniquement plus de temps qu'un immeuble vacant.
Cas pratique chiffré : un haussmannien à 6M€
Trois enfants - Camille, Antoine et Sophie - héritent en 2024 d'un immeuble haussmannien situé dans le 9ème arrondissement de Paris à la suite du décès de leur père. L'immeuble compte cinq étages plus rez-de-chaussée commercial, 1 480 m² utiles, partiellement loué. Valeur déclarée à la succession et confirmée par expertise indépendante : 6 000 000 €.
Situation initiale
Indivision successorale à parts égales : chacun détient un tiers indivis. Sophie occupe le 4ème étage à titre gratuit (260 m²), source de tensions et d'une potentielle demande d'indemnité d'occupation. Antoine vit à l'étranger et souhaite récupérer du capital. Camille souhaite conserver l'intégralité de l'immeuble mais ne dispose pas des 4 M€ nécessaires pour racheter les parts.
Droits de succession acquittés en 2024 : application du barème ligne directe (article 777 CGI) après abattement de 100 000 € par enfant (article 779 CGI). Pour rappel, sur une base taxable de 800 000 €, le calcul donne : Tranches 1 à 3 = 1 380,75 € | Tranche 4 (20 % sur 536 392) = 107 278,40 € | Tranche 5 (30 % de 552 324 à 800 000, soit sur 247 676) = 74 302,80 €. Soit 182 961,95 € par héritier sur cette base. Ici les bases étant plus élevées, chacun a acquitté environ 617 400 €, financés par emprunt familial et étalement Trésor.
Option retenue : mise en copropriété partage
Après six mois d'analyse, la solution de mise en copropriété partage est validée. Le géomètre-expert découpe l'immeuble en 11 lots (rez-de-chaussée commercial, six appartements d'habitation, trois lots de service, une cave commune).
L'expertise immobilière contradictoire ventile les valeurs ainsi :
- Lot A (RDC commercial 220 m² + 1er étage 240 m²) : 2 100 000 € - attribué à Antoine
- Lot B (2ème et 3ème étages 480 m²) : 1 950 000 € - attribué à Camille
- Lot C (4ème, 5ème étages et chambres de bonne 540 m²) : 1 950 000 € - attribué à Sophie
Équilibrage par soultes
Chaque indivisaire avait vocation à recevoir 2 000 000 €. Antoine reçoit pour 2 100 000 € : il doit une soulte de 100 000 € à répartir entre Camille (50 000 €) et Sophie (50 000 €), réglée comptant à l'acte de partage par mobilisation de l'épargne d'Antoine.
Coûts totaux de l'opération
| Poste | Montant |
|---|---|
| Géomètre-expert | 13 500 € |
| Expertise immobilière | 7 500 € |
| Notaire (EDD + règlement) | 11 000 € HT |
| Diagnostics (11 lots) | 9 800 € |
| Acte de partage (émoluments) | env. 58 000 € |
| Droit de partage 2,5 % sur 6 M€ | 150 000 € |
| Publicité foncière 0,1 % | 6 000 € |
| Syndic provisoire 1 an | 2 200 € |
| Total | ≈ 258 000 € |
Soit environ 4,3 % de la valeur totale du bien, à comparer aux 7,8 % minimum d'une vente classique (frais d'agence + droits d'enregistrement payés par l'acquéreur, réduisant son budget net) et surtout à la perte fiscale d'une plus-value taxable en cas de revente externe.
Bilan après opération
Chaque héritier dispose désormais d'appartements distincts, librement vendables, transmissibles, hypothécables. Sophie peut occuper ses lots sans contestation. Antoine commercialise les siens dix mois après le partage à 2 280 000 €, soit une plus-value comptable de 180 000 € depuis la valeur successorale, taxée selon le régime des particuliers (article 150 VC CGI) avec un coût d'acquisition reposant sur la valeur déclarée à la succession - l'effet déclaratif du partage est préservé. Camille reste propriétaire et gère son patrimoine en autonomie.
Du côté de l'IFI, chacun déclare désormais ses lots à leur valeur vénale. Pour Antoine qui conserve un patrimoine immobilier net taxable de 2 000 000 € au 1er janvier suivant, le calcul donne : de 0 à 800 000 € = 0 € | de 800 000 à 1 300 000 € (0,5 % sur 500 000) = 2 500 € | de 1 300 000 à 2 000 000 € (0,7 % sur 700 000) = 4 900 €. Total : 7 400 € d'IFI avant éventuelles réductions (article 977 CGI).
L'immeuble familial n'a pas quitté la famille. Chacun a retrouvé sa pleine liberté patrimoniale. La mise en copropriété partage a fait son office.
Quand la mise en copropriété-partage est-elle inadaptée ?
Cette solution puissante ne convient pas à toutes les situations. Plusieurs configurations rendent la mise en copropriété partage difficile ou impossible :
Immeuble trop petit ou non divisible techniquement. Un immeuble de moins de 300 m² avec deux appartements seulement n'offre pas assez de matière pour créer des lots équilibrés entre trois ou quatre héritiers. La densité de lots conditionne la souplesse de l'attribution lots indivisaires.
Bâti non conforme aux normes actuelles. Cages d'escalier non aux normes incendie, ascenseur absent ou obsolète, parties communes en indivision avec des fonds voisins : la régularisation préalable peut coûter plus que le partage lui-même.
Présence d'un bail commercial complexe. Un bail commercial en cours sur la majeure partie de l'immeuble fige la valeur et limite la subdivision. Le congé refus de renouvellement déclenche une indemnité d'éviction qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros.
Désaccord profond sur les valeurs. Si les indivisaires ne s'accordent pas même sur le principe d'une expertise contradictoire, aucune opération amiable n'aboutira. Le juge pourra être saisi mais la voie négociée échoue.
Détention via une SCI. Quand l'immeuble est porté par une SCI familiale, le problème n'est pas l'indivision sur l'immeuble mais l'indivision sur les parts sociales. La sortie passe par une cession ou un rachat de parts, fiscalement différente. Consulter les pièges spécifiques de l'apport d'immeuble en SCI avant tout montage. À noter également que l'abattement de 30 % sur la résidence principale pour l'IFI ne s'applique pas si l'immeuble est détenu via SCI.
Patrimoine très endetté. Hypothèques globales sur l'immeuble entier rendent la subdivision juridiquement complexe : il faut obtenir mainlevée puis ré-inscriptions sur les lots, négociation lourde avec les créanciers.
Le conseil patrimonial évalue ces points lors de l'audit initial. Quand la mise en copropriété partage s'avère impossible, d'autres montages restent disponibles : SCI familiale avec démembrement, holding patrimoniale, vente partielle à un investisseur extérieur, ou tout simplement vente amiable globale. Le rapport coût/bénéfice d'une mise en copropriété partage doit toujours être pondéré par la qualité du dialogue familial.
FAQ
La mise en copropriété partage est-elle accessible sans accord unanime ?
Non. Cette opération suppose l'accord de tous les indivisaires : sur le principe de la division, sur le découpage en lots, sur les valeurs retenues et sur les attributions. À défaut d'unanimité, la voie reste celle du partage judiciaire (article 840 du Code civil), qui peut aboutir au même résultat mais avec des délais de deux à quatre ans et des coûts procéduraux significativement plus élevés.
Faut-il déclarer la mise en copropriété partage au fisc ?
L'opération est enregistrée par le notaire et publiée au service de la publicité foncière, ce qui informe automatiquement l'administration fiscale. Aucune déclaration spécifique n'incombe aux indivisaires en dehors de l'acte. La valeur déclarée des lots devient la nouvelle référence pour l'IFI, qui reste à acquitter par chaque attributaire selon le barème progressif de l'article 977 CGI.
Quel impact sur le calcul des plus-values en cas de revente future ?
Grâce à l'effet déclaratif du partage successoral, la date d'acquisition retenue est celle du décès initial, et le prix d'acquisition est la valeur déclarée à la succession. Un héritier qui revend son lot dix ans après la succession bénéficie de dix ans de détention pour le calcul des abattements de l'article 150 VC CGI. L'exonération totale d'IR (22 ans) et de prélèvements sociaux (30 ans) court depuis le décès, non depuis le partage.
Que se passe-t-il pour les baux en cours au moment du partage ?
Les baux suivent les lots auxquels ils sont attachés. L'attributaire d'un lot loué devient bailleur de plein droit, sans rupture du contrat, sans formalité particulière au-delà de la notification au locataire de l'identité du nouveau bailleur. Les dépôts de garantie sont reversés à l'attributaire dans le cadre du partage.
Peut-on combiner mise en copropriété partage et démembrement ?
Oui. Une famille peut décider que certains lots seront attribués en pleine propriété et d'autres en démembrement (par exemple usufruit au conjoint survivant, nue-propriété aux enfants). L'évaluation suit le barème de l'article 669 CGI selon l'âge de l'usufruitier (50 % entre 51 et 60 ans, 40 % entre 61 et 70 ans, 30 % entre 71 et 80 ans). Attention : sauf exceptions (usufruit légal du conjoint survivant), c'est l'usufruitier qui doit déclarer le bien à l'IFI pour sa valeur en pleine propriété. Le montage exige une rédaction soignée du règlement de copropriété pour anticiper le sort des votes en assemblée générale entre usufruitier et nu-propriétaire.
Quel coût IFI prévoir après partage pour un héritier au-dessus du seuil ?
Pour un patrimoine immobilier net taxable de 3 000 000 € au 1er janvier : de 0 à 800 000 € = 0 € | de 800 000 à 1 300 000 € = 2 500 € | de 1 300 000 à 2 570 000 € (0,7 % sur 1 270 000) = 8 890 € | de 2 570 000 à 3 000 000 € (1 % sur 430 000) = 4 300 €. Total : 15 690 € d'IFI avant éventuelles réductions (article 977 CGI).
Faut-il un syndic dès le partage ?
Oui, dès lors que la copropriété est créée, la nomination d'un syndic devient obligatoire (loi du 10 juillet 1965). En phase initiale, beaucoup de familles désignent un syndic professionnel pour un an afin de mettre en place les comptes, le carnet d'entretien, le règlement intérieur. Une bascule vers un syndic bénévole ou la pérennisation du syndic professionnel sera décidée en assemblée générale ordinaire l'année suivante.
Quels sont les recours si un héritier conteste l'expertise immobilière ?
La voie amiable consiste à mandater un second expert ou à recourir à un tiers expert d'arbitrage (mécanisme prévu par les conventions d'indivision bien rédigées). À défaut, le tribunal judiciaire peut être saisi pour ordonner une expertise judiciaire dont les conclusions s'imposeront. Cette voie ajoute six à douze mois au calendrier de la mise en copropriété partage.
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Pour approfondir, consulter le dossier sur la gestion patrimoniale de l'immeuble familial qui détaille les arbitrages stratégiques entre conservation, SCI, démembrement et cession. Les fiches officielles sur le partage successoral sont disponibles sur le site des Notaires de France ainsi que sur le Bulletin Officiel des Finances Publiques pour la doctrine fiscale applicable. Le barème progressif des droits de succession est consultable sur Légifrance (article 777 CGI). Les statistiques de marché sont publiées par l'INSEE et par les chambres notariales régionales, références utiles pour le sourcing d'une expertise immobilière contradictoire.
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